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Qui a toujours eu le souci de la protection des sources? Julian Assange ou les médias mainstream qui lui donnent les leçons après l’avoir exploité? Des «oublis» sidérants…

Le Monde a publié le 25 février un éditorial intitulé «Julian Assange ne doit pas être extradé aux Etats-Unis». Pour qui se contentait de lire le titre, le lead («Répondre positivement à la demande américaine (…) serait une régression pour la démocratie») et la conclusion du texte («Extrader Julian Assange reviendrait à assimiler à une activité d’espionnage toute publication de documents secrets émanant de l’Etat américain. Ce serait une terrible régression pour la démocratie»), l’affaire semblait entendue: le prestigieux quotidien français soutenait Julian Assange de manière inconditionnelle.

Mais cette lecture est trompeuse. En réalité, cet éditorial était un exercice de démolition en règle du fondateur de WikiLeaks, truffé d’erreurs factuelles majeures et de partis pris éhontés.

Le Monde avait par exemple le front de prétendre que Julian Assange n’avait pas respecté les règles déontologiques du journalisme, à la différence des titres de la presse mainstream qui s’étaient associés à WikiLeaks en 2010 : Julian Assange, écrivait-il, «a confié ces centaines de milliers de documents militaires et diplomatiques à cinq journaux, dont le Guardian, le New York Times et Le Monde, en acceptant leurs règles éthiques, notamment la protection des sources. Les documents publiés furent donc expurgés des identités de toute personne susceptible d’être mise en danger, et éclairés par l’expertise indépendante des journalistes des cinq rédactions».

A l’évidence, Le Monde a urgemment besoin qu’on lui enseigne le B-A BA du métier: ne publier que ce qu’on a vérifié et ne jamais travestir les faits. Car prétendre comme il le fait que Julian Assange a publié des câbles diplomatiques sans les caviarder au préalable est un mensonge.

En effet, au même moment où Le Monde se posait sur les réseaux sociaux en valeureux défenseur de la liberté d’informer avec son édito, des faits fondamentaux étaient rappelés[1] durant l’audience d’Assange, qui montraient que la rédaction du Monde était soit amnésique, soit délibérément malveillante au point de ne pas craindre de réécrire l’Histoire. Dans un cas comme dans l’autre, un éclatant certificat d’indigence.

Ces faits, les voici:

  1. Le 1er février 2011, David Leigh et Luke Harding du Guardian ont publié leur livre WikiLeaks. Ce dernier contenait un mot de passe que Wikileaks leur avait confié pour qu’ils puissent aider à caviarder les documents. Il s’agissait du mot de passe qui permettait d’accéder à la banque de données miroir où se trouvaient les documents non caviardés. Or c’est précisément ce mot de passe que Leigh et Harding ont choisi comme titre pour l’un des chapitres de leur ouvrage.
  2. En août 2011, le journal allemand Der Freitag a annoncé qu’il avait réussi à accéder à la base de données non expurgée. Après cette publication, Assange a supplié la rédaction de Freitag de ne pas publier d’autres contributions sur ce qu’ils avaient découvert.
  3. Assange a appelé le Département d’Etat américain et fait part de ses «craintes pour la sécurité des informateurs»: «Je ne comprends pas pourquoi vous ne voyez pas l’urgence de la situation. A moins que nous ne fassions quelque chose, la vie de ces personnes est en danger.»
  4. Assange et Sarah Harrison ont tenté de contacter l’ambassadeur U. S. au Royaume-Uni pour l’informer de cette «très grande urgence»: une personne extérieure avait eu accès aux câbles diplomatiques américains et ces derniers étaient sur le point d’être révélés sans être expurgés. Ils ont appelé les États-Unis à actualiser leur programme pour informer les personnes potentiellement en danger.

Ce rappel montre que c’est Assange qui a toujours eu un souci profond de la protection des sources et des personnes en danger, et non les médias avec lesquels il a collaboré et qui osent aujourd’hui se poser en donneurs de leçons d’éthique et de bonnes pratiques journalistiques.

C’est lui aussi qui a toujours insisté pour que les noms des informateurs soient expurgés avant publication.

Et ce sont certains journalistes des médias avec lesquels Assange collaborait qui se sont montrés terriblement imprudents, incompétents et inconséquents.

Catherine Riva, coordinatrice de #JournalistsSpeakUpForAssange


  1. Ces faits ont été rappelés lors du deuxième jour d’audience par la défense de Julian Assange et rapportés par tweets interposés par les journalistes Mac William Bishop, Kevin Gosztola, James Doleman et Stefania Maurizi qui assistaient à l’audience. Le journaliste australien Mark Davis en avait déjà fait état en août 2019.  

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