fbpx
Sélectionner une page

«Il y a toujours des livres qu’on tient ouverts devant soi» a dit Paul Ricœur. Pour moi, il en va de L’Antipresse comme de ces quelques livres indispensables à l’intelligibilité du monde. Je ne sais si les rédacteurs de cette lettre dominicale ont fait leur la formule de Nietzsche selon laquelle il n’y a pas de faits, il n’y a que des interprétations? Leur interprétation me va fort bien puisqu’ils reconnaissent d’abord leur dette vis-à-vis de toute la culture européenne. Ils sont de bons Européens.

De quelle Europe parlez-vous, me rétorquera-t-on? Une Europe qui n’est pas seulement constituée de construction et d’abstraction avec ses procédures, ses normes et ses valeurs soi-disant universelles (quel ethnocentrisme!) mais qui est avant tout une substance incarnée dans un art et une littérature particulière. Comme le dit Kundera, une identité se fait chair, elle n’est pas un pur esprit flottant au-dessus des nuées et Slobodan, polyglotte émérite, incarne à merveille cette identité européenne à plusieurs voix. Singularité bien venue dans cette époque où elle est menacée par un renoncement maladif à s’assumer et où les vociférations des anywhere recouvre les maigres protestations des somewhere. Ces êtres qui se disent «citoyens du monde» et croient parler au nom d’une humanité planétaire et nomade qui n’existe nulle part si ce n’est au fin fond de leur cervelle torturée prétendent figurer le «Bien». Leur culot est phénoménal! D’authentiques aigrefins.

Loin de cette langue de bois contemporaine qui gangrène peu à peu tous nos espaces de liberté, l’Antipresse, comme d’autres, travaille au maintien d’un monde pluriversiste riche en références de tous ordres, fidèle en cela au message d’Albert Camus déclarant dans son discours de réception du prix Nobel: «Chaque génération, sans doute, se croit vouée à refaire le monde. La mienne sait pourtant qu’elle ne le refera pas. Mais sa tâche est peut-être plus grande. Elle consiste à empêcher que le monde ne se défasse».

Et puis un signe qui ne trompe pas: le français parfait dans lequel s’expriment les rédacteurs de l’Antipresse. Il contraste avec la syntaxe relâchée et dépourvue de style de la presse de grand chemin, celle qui nous psalmodie les diktats et les oukases d’une pensée disciplinaire faite pour les ilotes (de plus en plus rares) qui se contentent de son brouet. En bref, un idiome pour locuteurs «progressistes», rebellocrates et normalisés. La langue de l’Antipresse fait contraste avec ce sabir. Elle est tout simplement «classique». Elle ne dissimule pas un métatexte subliminal. Elle exprime son point de vue sans chi-chi. Un point de vue qu’il urgerait de faire entrer dans la conversation démocratique, car pour l’heure celle-ci relève d’un monologue moralisateur où partisans du «vivre-ensemble» dialoguent avec ceux d’une «tolérance» à sens unique.

Ancré dans la belle langue, celle qui ne connaît aucun coup de vieux, l’Antipresse ne vieillira jamais. De même que son contenu, impertinent en nos jours sombres, se révélera demain ou après-demain, dans sa sublime justesse.

Voilà des raisons de lire l’Antipresse. Il y en a d’autres, dont l’amitié qui me lie à Slobodan n’est pas la moindre.

Rejoignez-nous !

• Adhérez à la communauté de l’Antipresse: abonnez-vous au Drone (dès 50 € par an)!

• Envie de goûter d’abord? Inscrivez-vous au bulletin de liaison (ci-dessous) et recevez chaque semaine nos informations!

…Et soyez assurés que vos informations ne seront revendues à personne!

Bienvenue dans la communauté de l’Antipresse!