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Il m’a fallu un moment de réflexion pour savoir pourquoi j’aimais tant l’Antipresse. La réponse m’a été donnée — curieux clin d’œil du hasard! – par l’article de Pascal Vandenberghe sur Arthur Koestler. Arthur Koestler, c’était la référence intellectuelle incontournable de mon père. Quand, très jeune, je l’avais questionné sur les livres qui remplissaient la bibliothèque du salon, mon père m’avait dit de lire les Dürrenmatt et les Frisch, qui me permettraient de perfectionner mon allemand, et deux livres de Koestler, Le zéro et l’infini et Croisade sans croix, qu’il tenait pour les œuvres les plus extraordinaires qu’il ait lues et «qui me feraient gagner une temps considérable sur le plan intellectuel». Et c’est en effet ce qui s’est passé. Après la lecture du premier roman, bouleversé et profondément marqué, j’étais vacciné à vie contre la tentation communiste qui agitait mes camarades d’études et par toute forme d’idéologie, quelle qu’elle fût. Mais c’est le second qui devait me marquer encore plus, pour une raison que je ne devais découvrir que bien plus tard et qui, comme on va le voir, nous ramène à l’Antipresse!

Croisade sans croix est le titre donné à Arrival and Departure (Arrivée et départ), par l’éditeur de la version française ou le traducteur. Pour une fois avec finesse, car Croisade sans croix est un titre qui convient très bien. Ce qui le caractérise, c’est d’abord qu’il est construit sur une structure limpide qui en facilite la lecture: Arrivée — Présent — Passé —Avenir — Départ. C’est l’histoire du court séjour d’un jeune homme dans une ville portuaire du sud de l’Europe encore épargnée par la guerre qui vient d’éclater. Elle débute quand il arrive, après avoir plongé d’un bateau où il avait embarqué clandestinement. Elle se termine quand il en repartira quelques semaines plus tard. Dans l’intervalle, le récit nous fera découvrir ce qu’il a enduré dans son pays totalitaire, où se pratiquent la torture, l’exécution des communistes, la déportation et le gazage des Juifs. On y voit ensuite comment il va transcender les horreurs de son passé par une extraordinaire psychothérapie. On le verra enfin hésiter sur le chemin à prendre pour la suite et… se décider. Que passé, présent et futur se construisent les uns les autres, personne avant Koestler ne l’avait montré de façon si évidente.

La seconde caractéristique de ce roman est qu’il se déroule sur deux niveaux toujours entremêlés: celui de la Grande Histoire (celle de la seconde Guerre mondiale qui commence et des spéculations sur ce vers quoi va aller le monde) et celle de l’individu, qui doit trouver comment harmoniser son histoire à lui avec les soubresauts de la grande. Là encore, très rares sont les livres qui traitent cette relation et encore plus rares ceux qui y arrivent en nous touchant si profondément.

On en arrive ainsi à la troisième caractéristique de Croisade sans croix: avec lui, nous sommes dans le domaine de la littérature et pas dans celui du récit journalistique ou de l’exposé idéologique. Le roman émeut parce que la plume de l’auteur est chargée d’émotions qu’il parvient à transmettre au lecteur.

Après avoir lu l’article de Pascal Vandenberghe je me suis replongé dans les livres d’Arthur Koestler qui se trouvent sur les rayons de notre bibliothèque. Et ai relu, d’un trait, le Croisade sans croix édition 1947 que mon père m’avait donné à lire dans ma jeunesse. En le posant je me suis rendu compte qu’il m’avait non seulement marqué, encore plus que Le zéro et l’infini, mais que tout ce que j’y aimais, je le retrouvais dans l’Antipresse: la pensée indépendante, la bravoure, l’intelligence du cœur, l’interrogation permanente sur le monde et sur soi, et surtout la plume littéraire qui transcende. Merci à Slobodan et à toute l’équipe d’Antipresse pour leur cadeau hebdomadaire sans prix.

  • Markus Sanz est professeur et graphiste.

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