fbpx
Sélectionner une page

 

A quelques jours du trentième anniversaire de la chute du Mur, le grisonnant Stefan Aust, ancien rédacteur en chef du Spiegel et éditeur de Welt am Sonntag, a fait le voyage de Moscou pour interviewer Gorbatchev dans sa retraite. A sa question : « Quand avez-vous eu pour la première fois l’idée, en tant que président, que le moment était venu de changer radicalement la politique de l’Union soviétique ? », Gorbatchev répond : « C’est progressivement que la confiance s’est instaurée pour la première fois dans les relations entre Etats. L’espoir est né que les hommes pouvaient vivre ensemble sans guerre et dans le respect mutuel ». Aust : « Naïveté des beaux rêves ? ». Gorbatchev : « Au contraire, c’était la seule vraie perspective, la seule issue possible. En fin de compte, la guerre moderne peut aboutir à l’extinction de toute l’humanité »

L’histoire n’a pas laissé à Gorbatchev le temps de réaliser son rêve de nouvel ordre mondial pendant son éphémère mandat de premier et unique président de l’URSS. Mais la relève était là, sous le règne d’Eltsine, pour faire vivre les mêmes espoirs naïfs au sein de l’appareil d’Etat de la jeune Fédération de Russie. Voici un échantillon de la confiance béate que le premier chef de la diplomatie russe nourrissait pour le monde occidental et les Etats-Unis en particulier. Au printemps 1991, l’ex-président Nixon en visite de courtoisie à Moscou s’entretient avec le fraichement appointé ministre Kozyrev. D’emblée, Nixon va à l’essentiel : « Quels sont les intérêts nationaux poursuivis par le nouveau pouvoir russe en matière de politique étrangère ? » Kozyrev : « Mon gouvernement n’a pas encore eu le temps de se pencher sur le problème. En tant qu’ami de la démocratie russe, peut-être pourriez-vous, monsieur le Président, nous aider à les identifier ? ». Un brin perplexe, Nixon lui donne ce conseil: « La Russie ne peut pas et ne doit pas essayer de suivre les Etats-Unis dans toutes les questions de politique étrangère. La Russie est un grand pays, qui a sa propre destinée »

Kozyrev n’a pas écouté le conseil de Nixon. A la tête de la diplomatie russe de 1991 à 1996, il a suivi fidèlement la ligne du grand frère et n’a jamais fait usage du droit de veto de la Russie au Conseil de sécurité. Il a choisi de prendre sa retraite à Miami, d’où il critique la politique de son pays sur les ondes de CNN. L’octogénaire Gorby, en revanche, s’est départi de l’angélisme qui l’avait rendu si populaire dans nos contrées. Il ne cesse de pointer du doigt l’OTAN qui essaie *« de nous attirer dans une nouvelle guerre froide »*. Sur la question ukrainienne ou celle de la Crimée, il justifie la position prise par sa patrie. Malgré cette lucidité tardive, il n’arrivera pas à se faire pardonner par la majorité de ses compatriotes d’avoir cru et fait croire au grand rêve d’une pax americana.

J.-M. Bovy/01.11.2019

Rejoignez-nous !

• Adhérez à la communauté de l’Antipresse: abonnez-vous au Drone (dès 50 € par an)!

• Envie de goûter d’abord? Inscrivez-vous au bulletin de liaison (ci-dessous) et recevez chaque semaine nos informations!

…Et soyez assurés que vos informations ne seront revendues à personne!

Bienvenue dans la communauté de l’Antipresse!