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Par Caitlin Johnstone

On a laissé Donald Trump dans le noir quant à une possible réponse nucléaire étasunienne suite à une cyberattaque venant de Russie. Les USA passent maintenant à l’offensive avec une cyberguerre contre le réseau électrique russe, resserrant considérablement les marges de manœuvre de Trump, écrit Caitlin Johnstone.

Le New York Times a publié un article, de source anonyme, sous le titre «Les USA intensifient les attaques en ligne contre le réseau électrique de la Russie», qui décrit l’«implantation de logiciels malveillants, pouvant handicaper le système russe en profondeur, avec un niveau d’agressivité jamais employé jusqu’ici», qui pourrait «plonger la Russie dans l’obscurité ou paralyser ses armées», une source officielle anonyme rapportant que «nous faisons des choses à une échelle qui n’aurait même pas été envisageable il y a quelques années encore». Il s’agit de toute évidence d’une nouvelle escalade grave dans la suite continue d’échelons établissant une nouvelle guerre froide entre les deux superpuissances nucléaires de la planète. Si un article avait fuité dans un média russe, citant un dirigeant anonyme du Kremlin, et signalant que Moscou intensifiait ses cyber-agressions contre le réseau électrique des USA, cela aurait été considéré comme un acte de guerre par la classe politico-médiatique des USA et de leurs alliés, et l’on aurait vu fuser des appels à une riposte immédiate.

Pour mettre ces événements en perspective, le New York Times a signalé l’an dernier que le Pentagone insistait pour que le Nuclear Posture Review étasunien [le processus décrivant le rôle des armes nucléaires dans la stratégie de sécurité étasunienne, NdT] intègre une stratégie de riposte impliquant l’usage d’armes nucléaires en réponse aux cyberattaques russes visant le réseau électrique étasunien. Donc il y a de quoi s’inquiéter sérieusement.

Et il y a de quoi s’inquiéter encore plus, à voir les informations que le Times a occultées dans les 21e et 23e paragraphes de son article: Deux dirigeants de l’administration ont déclaré qu’ils croyaient que M. Trump n’avait été informé d’aucun détail quant aux démarches visant à «implanter» du code logiciel pouvant être utilisé pour surveiller ou attaquer de l’intérieur le réseau [électrique, NdT] russe.
Le Pentagone et les dirigeants des services de renseignements ont fait part de grandes hésitations sur l’opportunité de présenter à M. Trump des détails d’opérations contre la Russie, de crainte de sa réaction — et de l’éventualité qu’il puisse annuler ces opérations, ou les discuter avec des dirigeants étrangers, comme il l’avait fait en 2017 en mentionnant une opération sensible en Syrie au ministre des affaires étrangères de la Russie.

La nouvelle loi définit les actions dans le cyberespace comme apparentées à une activité militaire traditionnelle au sol, dans les airs ou sur mer, si bien qu’il n’est pas nécessaire de présenter ces opérations [à Trump], ont-ils ajouté.

Dans un article publié sous le titre «Le Pentagone laisse Trump dans le noir au sujet de ses cyberattaques contre la Russie», Peter Wade, du magazine Rolling Stone, fait la révélation détonante qui suit:

De nouvelles lois, promulguées par le Congrès l’an passé, permettent l’exécution d’une telle «activité militaire clandestine» dans le cyberespace sans passer par la case d’une approbation du président. Donc, dans le cas présent, ces nouvelles lois protègent les intérêts américains… en laissant hors du circuit le président en exercice.

Nous vivons vraiment une époque formidable!

Voici donc Trump pas vraiment libre de ses mouvements. L’escalade a déjà été mise en place, et verra selon toutes probabilités une réponse égale de la part de Moscou, si elle n’est pas réduite. Mais la réduire impliquerait une nouvelle vague d’alarmisme hurlant de la part de la classe politico-médiatique, avec la théorie du complot qui refuse de mourir malgré toutes les preuves contraires: que Trump est une marionnette contrôlée par le Kremlin. Le tout alors qu’il travaille à sa réélection en 2020.

On nous avait pourtant prévenus
Stephen F. Cohen, professeur émérite en études sur la Russie de l’Université de New York et de l’Université de Princeton, l’un des experts de premier plan des relations USA-Russie, émet depuis des années des avertissements sur ce sujet précis. Dans une interview de 2017 accordée à Democracy Now, Cohen avait sonné l’alarme: mettre une pression politique sur un président des USA, pour qu’il ne recule jamais en cas d’escalade et d’épreuve de force avec d’autres superpuissances nucléaires, pourrait entraîner des conséquences allant jusqu’à la destruction du monde, si des tensions semblables à celles de la crise des missiles de Cuba revenaient au goût du jour.

Je pense que nous vivons le moment le plus dangereux des relations américano-russes, au moins depuis la crise des missiles de Cuba, a déclaré Cohen. Et l’on pourrait argumenter que la situation est même plus dangereuse aujourd’hui [qu’en 1962], car elle est également plus complexe. Donc, nous avons en plus de ces accusations qui, à mon avis, sont sans fondement, selon lesquelles Trump aurait été d’une certaine manière compromis par le Kremlin. Donc, au pire moment des relations américano-russes, nous avons un président des USA politiquement handicapé de la pire manière possible, et cela est sans précédent.

Essayons de nous poser et de réfléchir. Aucun président des USA ne s’est jamais vu accuser, fondamentalement, de trahison. C’est de cela que nous parlons ici, ou à tout le moins que ses associés se seraient rendus coupables de trahison.

Imaginons, par exemple, John Kennedy pendant la crise des missiles de Cuba, ajoute Cohen. Imaginons Kennedy en situation d’accusé d’être un agent secret du Kremlin soviétique. Il aurait été paralysé. Et la seule manière pour lui de prouver qu’il n’était pas un agent soviétique aurait été de lancer une guerre contre l’Union soviétique. Et à l’époque, l’option était celle de la guerre nucléaire.

Il est rare que les gens prennent le temps de réfléchir à ce fait d’une importance capitale: que l’espèce humaine a été à un cheveu de l’annihilation totale au cours de la crise des missiles de Cuba. Nous avons appris, bien après la fin de cette crise, que la seule raison pour laquelle cette annihilation ne s’était pas produite était qu’un sous-marin soviétique nucléaire avait renoncé à envoyer ses engins de mort sur la marine des USA, ce qui eût déclenché un échange nucléaire entre les USA et l’URSS. Dans ce sous-marin, trois hommes devaient confirmer le lancement de la charge nucléaire. Un seul d’entre eux s’est opposé aux deux autres et a refusé de confirmer ce lancement. Le nom de cet homme est Vassili Arkhipov, et c’est grâce à lui que vous et tous ceux que vous aimez êtes en vie aujourd’hui. Si le sujet vous intéresse, il existe un bon documentaire de PBS à ce sujet sur Youtube.

Des calendriers préétablis
Le président Kennedy était en communication constante avec les Soviétiques durant la crise des missiles de Cuba, et beaucoup de choses auraient pu tourner au cataclysme au cours de ces échanges si Kennedy n’avait pas fait certaines concessions à certains moments,ni su quand reculer au lieu de pousser en avant. Il accomplit une suite d’actions diplomatiques qui n’auraient pas été possibles dans le climat paranoïaque actuel, si propice aux erreurs.

Rappelons-nous que Kennedy était allé jusqu’à rappeler en secret les missiles étasuniens Jupiter depuis leur base en Turquie, à la demande de Khrouchtchev. Au vu du caractère scandalisé que prennent les libéraux dès lors qu’un républicain de premier plan prononce les mots «État profond», il est intéressant de voir que le Commandant en chef se retrouve à la merci d’un collectif belliciste, qui s’emploie à promouvoir un calendrier préétabli contre une nation perçue comme une menace géostratégique à l’hégémonie étasunienne.

Cela oblige à poser la question: qui est vraiment aux commandes? La machine de guerre étasunienne constitue la force militaire la plus puissante de l’histoire des civilisations, et l’alliance qu’elle maintient avec les autres nations en fait l’empire le plus puissant que le monde ait jamais connu. En raison de la dépendance d’un tel pouvoir envers cette machine de guerre titanesque, ceux qui disposent du vrai pouvoir se considèrent comme trop importants pour avoir à souscrire à la volonté des électeurs, et trop importants pour qu’on les laisse aux ordres du Commandant en chef élu. C’est pourquoi les Américains subissent la propagande la plus massive du monde, c’est pour cela que l’hystérie antirusse a été imprimée dans l’esprit des Américains depuis trois ans, et c’est pour cela que nous courons tous le risque de périr dans un holocauste nucléaire.

MISE À JOUR: Trump semblerait maintenant nier les événements rapportés par les sources du New York Times. Il est peu probable que le Times ait monté de toutes pièces cette histoire, donc si Trump en vient à nier les événements, c’est soit que les sources mentent au sujet de leur propre travail au sein de l’administration, soit que Trump continue d’être tenu dans le noir, soit encore que Trump lui-même ment.
«Pouvez-vous croire que le calamiteux New York Times vient de publier un article affirmant que les USA font sensiblement monter le niveau de leurs cyberattaques contre la Russie», a tweeté Trump. «Il s’agit pratiquement d’un acte de trahison, commis par un journal autrefois respecté, si désespéré de trouver quelque chose, n’importe quoi à publier, même si c’est néfaste pour notre pays. CE N’EST PAS VRAI! Nos médias d’information corrompus passent n’importe quoi de nos jours. Ils feront, ils diront, tout ce qu’il leur faut, sans la moindre pensée quant aux conséquences. Ce sont eux les vrais traîtres, et sans aucun doute, *LES ENNEMIS DU PEUPLE!»*

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