fbpx
Sélectionner une page

«Il faut sauver le soldat Macron!» Ou comment les médias chinois voient la tragédie parisienne du 15 avril.

La chaîne des événements menant à et suivant l’«incendie involontaire dû à un court-circuit» de Notre-Dame de Paris ne manque pas de susciter des interrogations quant au timing impeccable de cette tragédie. Si certains n’ont pas hésité à la qualifier hâtivement et outrageusement de «11 septembre français» (sans pour avoir autant trouvé, pour le moment, mais soyons patients, de connexion «terroriste»), elle n’en soulève pas moins d’autres questions, notamment à l’étranger, qui seront forcément labellisées «conspirationnistes», le terme consacré à toute analyse ou information qui n’émanerait pas de l’AFP et des médias de grand chemin.

Puisque le champ de l’analyse critique en France est la chasse gardée des médias détenus par une dizaine de «patrons de presse du CAC40», pas tous de nationalité française d’ailleurs, pourquoi ne pas regarder à l’Est, vers la Chine, et écouter ce qui s’y dit à propos de la tragédie du 15 avril. La Chine est après tout le berceau d’une importante communauté chrétienne (2,4 % de la population, soit entre 30 et 40 millions officiellement, et vraisemblablement 10 millions de plus si l’on compte tous ceux qui ne souhaitent pas déclarer leur foi publiquement), à tel point que les grands médias étatiques et un certain nombre de blogueurs politiques influents n’ont pas manqué de couvrir l’incendie de Notre-Dame.

Le tableau n’est guère flatteur pour le gouvernement français.

La version anglaise du quotidien Global Times, publié sous les auspices du très gouvernemental Quotidien du Peuple, souligne la responsabilité de la Mairie de Paris dans cette tragédie, pour avoir échoué dans son devoir de protection d’un monument culturel et historique, et précise que si l’excuse officielle du «court-circuit» est avérée, alors la faute est impardonnable.

L’éditorial du 16 avril, «Notre Dame Fire provokes Deep Thoughts» va plus loin, pointant du doigt l’échec du gouvernement français dans son «obligation» de protéger un site du patrimoine culturel mondial, mettant potentiellement en danger les autres sites du patrimoine mondial situés en France. Un peu d’exagération taquine, certainement destinée à montrer au gouvernement français si prompt à donner des leçons au monde entier qu’il n’est lui-même pas immunisé contre les critiques.

L’éditorial souligne également que des membres du gouvernement français doivent être tenus pour responsables de cette tragédie. Cela n’est semble-t-il pas encore à l’ordre du jour à l’Élysée, à Matignon, ni même à la Mairie. Anne est-elle toujours au ski?

Un second aspect de l’analyse des médias chinois, dont on retrouve un écho sur des sites de blogueurs chinois influents, est la critique du relatif dédain des médias occidentaux lors des bombardements de la vieille ville de Damas, ou d’autres sites du patrimoine mondial en Syrie. L’éditorial du Global Times va plus loin, pointant du doigt la partialité et le manque d’empathie des médias occidentaux lorsque des tragédies (tels des actes terroristes, ou des tragédies historiques telles le sac du Palais d’été par les troupes anglo-françaises au XIXe siècle) ont lieu sur le sol chinois.

Comme si l’empathie des peuples européens était à géométrie variable, allant de soi pour une tragédie sur le sol européen, mais donnant lieu à des critiques du gouvernement chinois ou au silence radio lorsqu’elles ont lieu sur le sol chinois.

Du côté des blogueurs politiques chinois, l’influent blog politique de Gu Ziming (probablement un pseudonyme), Zheng Shi Tang («Business Behind the Fire of Notre Dame de Paris») est plus sévère encore, pas tant sur les responsabilités que sur les opportunités créées par le drame parisien.

D’entrée, le blogueur explique que le plus grand bénéficiaire de l’incendie de «la maison de Quasimodo» est Macron lui-même, puisqu’il a échappé de justesse à son grand oral devant les Français, et surtout devant les Gilets jaunes, à qui il ne savait plus quoi dire pour les faire rentrer chez eux.

À l’instar de George Bush qui posait sur le pont d’un porte-avions pour un discours patriotique après le 11 septembre, la cote de popularité de Macron après son discours patriotique est appelée à monter dans les semaines qui viennent, prolongeant momentanément sa vie politique. A l’approche des élections européennes que LREM devait perdre derrière le Rassemblement national ou même La France insoumise, c’est un coup de pouce inespéré.

S’inspirant du dicton chinois «Un grand drame fait renaître une nation», le blogueur explique que cette tragédie est instrumentalisée par certains hommes politiques et hommes d’affaires, qui savent que la chance sourit à ceux qui sont préparés.

Macron n’est pas le seul homme politique à en bénéficier, selon le blogueur. Poutine a également joué une très belle main en offrant l’aide d’experts russes pour la reconstruction de Notre-Dame, redorant ainsi le blason de la Russie, constamment diabolisée dans les médias français.

La réaction des oligarques français a été aussi rapide que celle des politiciens, comme en atteste la surenchère de dons (défiscalisés, pour attester de leur désintéressement?) que se sont livrés les Pinault, Arnault, Bettencourt, etc.

L’auteur explique que ces propriétaires de marques de luxe n’ont évidemment aucun intérêt sincère dans la culture ou dans les manifestations de patriotisme, preuve étant qu’avant l’incendie, le gouvernement français démarchait péniblement les mécènes privés français pour un montant de dix millions d’euros seulement, destinés à la rénovation de Notre-Dame, sans en trouver le premier sou pendant des mois. Ce n’était pas une opportunité pour les Pinault et Arnault à ce moment-là.

Après l’incendie, dont le monde entier a parlé, des donations de cent ou deux cents millions d’euros, défiscalisées ou pas, représentent un minuscule budget marketing mondial pour ces marques, en contrepartie du bouche-à-oreille ultra-positif et surtout, gratuit qu’il génère a l’échelle mondiale. Notons qu’aucun média ne parle d’Artemis (que personne ne connaît), la holding de M. Pinault qui a annoncé son intention de faire une donation de 100 millions d’euros, mais plutôt de la maison Gucci, le vaisseau amiral du groupe de luxe Kering qui appartient à Artemis (avec la maison de vente Christie’s, nous y reviendrons).

L’auteur n’hésite pas à agrémenter son texte de vocables tels qu’«arnaque» ou «entourloupe» pour qualifier ces manœuvres opportunistes, rappelant que ces oligarques, qui existent aussi en Chine, ne dépensent un euro que s’ils sont sûrs que cela en rapportera dix.

L’auteur enfonce le clou: «C’est leur métier de vendeurs: jouer sur les émotions.» («Vendre du rêve» dit-on chez L’Oréal) pour vendre leurs produits de luxe, qui ne peuvent justifier leurs prix élevés que par l’émotion qu’ils suscitent à travers leurs habiles campagnes de marketing.

Enfin, l’auteur évoque une affaire très chère à la Chine, celle des sculptures en bronze représentant des têtes d’animaux du bestiaire chinois, qui furent pillées par l’armée anglo-française lors du sac du Palais d’été au XIXe siècle, et qui furent rachetées en sous-main par M. Pinault pour être offertes au gouvernement chinois, en contrepartie d’un droit d’entrée sur le marché chinois (sans partenaire chinois, le sésame suprême) pour Christie’s, sa maison de vente aux enchères, devenant ainsi la première maison de vente étrangère à mener des enchères en Chine.

Et de conclure d’un très cynique: «Nous devrions apprendre d’eux à instrumentaliser la détresse populaire pour la transformer en quelque chose de bénéfique pour nous-mêmes».

Pékin, Laurent Schiaparelli/19.4.2019.

Rejoignez-nous !

• Adhérez à la communauté de l’Antipresse: abonnez-vous au Drone (dès 50 € par an)!

• Envie de goûter d’abord? Inscrivez-vous au bulletin de liaison (ci-dessous) et recevez chaque semaine nos informations!

…Et soyez assurés que vos informations ne seront revendues à personne!

Bienvenue dans la communauté de l’Antipresse!