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André Markowicz est un vrai bilingue. Né à Prague, de mère russe et de père français, il a dès son enfance pratiqué deux langues et deux cultures, ainsi prédestiné à devenir un trait d’union — ou un passe-muraille — entre ses deux pays d’origine. Sensible à l’esprit et à la palpitation du russe comme du français, il a acquis sa notoriété en traduisant les œuvres complètes de Dostoïevski en 29 volumes. Son travail a été loué et couronné de divers prix, mais a aussi été l’objet de vives critiques. Pour rendre en français le rythme du russe et son «oralité», à savoir la plus grande proximité de la langue russe écrite avec sa version parlée, Markowicz n’a pas hésité à braver les règles de la grammaire française. Il s’est ainsi autorisé dans ses traductions à se passer du «ne» de la négation, comme nous le faisons couramment dans la langue parlée. Alors que Dostoïevski n’a pas manqué de traducteurs depuis la fin du XIXe siècle, et non des moins doués, l’entreprise de retraduction de Markowicz consiste aussi à se mettre en résonance avec la langue française actuelle pour mieux toucher le lecteur.

Poète lui-même, Markowicz s‘est senti appelé à devenir le passeur en français de la poésie russe classique et, tâche souvent considérée comme impossible, à traduire Pouchkine, cette âme rebelle et ce monstre sacré qui continue d’habiter et d’inspirer les Russes après deux siècles. Il a ainsi tenté de transmettre au lecteur français la vibration produite en lui par les vers d’Eugène Onéguine, et de ceux de poètes méconnus, contemporains de Pouchkine, sous le titre Le soleil d’Alexandre [Pouchkine].

Au journaliste du Nouvel Observateur qui lui posait la question en 2011: «Vous allez souvent en Russie?», Markowicz répond «Non, je déteste ce pays». Le journaliste: «Vous le détestez? Cela paraît incroyable…». Markowicz: «C’est un pays brutal, outrancièrement nationaliste. Et les inégalités sont aujourd’hui tellement criantes. C’est vraiment dégueulasse. Et puis je déteste voyager.»

Ce que le traducteur de Pouchkine, Dostoïevski et Tchekhov déteste, ce n’est pas la Russie de Poutine et son régime, mais bien le pays et les gens dont il adore la langue et la littérature. Un cas freudien de relation amour/haine, plutôt que de russophobie.

J.-M. Bovy

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