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Au cours des ans, le mensuel américain «Harper’s Magazine» est devenu une institution, qui soufflera bientôt ses 170 bougies. A l’enseigne des belles lettres, il a publié au cours des ans aussi bien London, Melville, Twain que Salinger, Roth ou Mailer. Revue politique aussi, il a donné la parole à Théodore Roosevelt, Wilson, Churchill ou Chomsky. En décembre dernier, le magazine donne carte blanche à Houellebecq, qui en a profité pour lancer sa nième provocation sous le titre « Donald Trump est un bon président». Loué pour défendre les intérêts des travailleurs américains en déchirant, si nécessaire, quelques traités de libre-échange, Donald Trump n’en reste pas moins un personnage jugé repoussant. «Avec un programme équivalent, un conservateur authentiquement chrétien – une personne honorable et morale – aurait été mieux pour l’Amérique». Aux Américains anti-Trump, Houellebecq donne ce conseil: «Autant vous habituer à l’idée: en dernière analyse, peut-être que Trump aura été une épreuve nécessaire pour vous».

Toujours frondeur, le magazine s’attaque dans son dernier numéro à un sujet mammouth, qui paradoxalement ne retient pas l’attention qu’il mérite: la place du MIC – le complexe militaro-industriel – dans la société américaine. L’article s’ouvre sur la constatation que malgré la hauteur du budget dit de la défense, l’establishment militaire et tout ce qui l’accompagne restent étonnamment invisibles. On voit peu ou pas d’uniformes dans les villes, les bases sont confinées dans des régions reculées, les entreprises actives dans l’armement font profil bas. Bien que sur chaque dollar voté par le Congrès, 53 cents aillent à la sécurité nationale, Démocrates comme Républicains s’intéressent peu à la manière dont le Pentagone dépense ses trillions. Au pays de la libre concurrence et de l’efficience économique, le prix payé par l’Armée de l’Air pour un couvercle de WC a pu passer de 640 $ il y a trois décennies à 10’000 $ en 2018, sans que l’enquête qui l’a révélé ait fait beaucoup de vagues.

En 1983, un jeune analyste auditionné par le Congrès avait déjà diagnostiqué le virus qui ravage le MIC: le coût des armes toujours plus complexes croît beaucoup plus rapidement que le budget global de la défense. Sans parler des nombreux ratés dans le développement de nouveaux types d’armes. En conséquence, les avions, les navires et les tanks ne peuvent pas être remplacés à parité. Raison pour laquelle les forces armées décroissent et prennent de l’âge.

Conclusion surprenante: malgré l’énormité de leur budget militaire, dix fois supérieur à celui de la Russie, les États-Unis ont mal à leur défense. «Si nous arrivons à comprendre que le MIC existe seulement pour se maintenir et entretenir sa croissance, alors la corruption, la mauvaise gestion et les guerres que nous menons, deviennent plus faciles à saisir. On comprend mieux pourquoi, en dépit des prétendues menaces dont on nous met en garde, nous restons mal défendus».

J.-M. Bovy | 17.05.2019

 

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